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Nuit en poésie (3/4)

mardi 10 janvier 2006, par Orénok A. B.


COMME UN SILENCE PERÇANT

Comme un silence perçant.
Figé.
Et tout mouvement dans la continuité.
Barber qui m’attend.

Seul point fixe dans le temps
Le disque qui tourne toujours à même allure
Et tout autour qui vaque à son temps
De solitude et de rayure.

Comme une nuit étoilée
Où tous les points d’or dansent
Mais la polaire est tuée
Et mène en silence la danse.

Tous tout autour d’elle
Comme une reine mais prisonnière
A la recherche d’un point perdue elle
Elle reste là suspendue à l’hier.

Peu à peu tout le monde se fatigue et la polaire est là comme attentive à un coup du destin : briser ce mur de pierre.

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FANTOME

Va tressaillant dans cet univers enterré
Héros d’un jour qui ne vient pas toujours s’éteint
Affublé de paroles, et affublé d’idées
Il va tressaillant dans cet univers d’étain

Morne et translucide, sans miroir apparent
Fermé de son monde, levant les yeux au lointain
Ne transcendant rien, oblitéré et obligeant
Sans mère, sans face, sans miroir, sans divin

Sans rien, juste la matière déchue, déchue
Sans étoile, sans espoir, fantôme sans fin
Par qui l’on va, traçant une ligne droite

Et qui sème, qui dort, meurtri, sans vue, menu
L’ombre d’une vie, sa vie à lui, le matin
Ses pieds sur le chemin, dans une mare d’eau moite

A Sommepy-Tahure, date du samedi 20 février 1999, pour faire dans les conventions convenantes.

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LE CANCRE

(Les mots sont un peu fous sont un peu là)

Locution du pronom qui percute exécute
Comme un tourbillon infernal hivernal
Le mot sonne comme une musique délivrée

Et chute

Avancée et recul va-et-vient larmoyant
Il rêve sans penser, rêve comme un enfant

Et chut

Il est parti comme envolé comme enlevé
A la vie noircie à l’aurore dénudée

Et chut

Sur la scène il s’avance, se courbe et poursuit
Son infernal cheminement vers l’hiver terni

Applaudissement révérence
Le clown danse

Le cancre dans la classe s’est levé
A marché est allé sur la terre noyée

Et boum
Le clown

A tout cassé
A tout brisé

Et son visage encore tout coloré
Ses larmes qui coulent salées

Cette ressemblance
Cette apparence

Le clown a disparu
Il ne reste plus
Qu’un bout de tissu

Comme envolé comme évadé comme lui
Un cancre chamboulé une plume qui luit
Le clown où est-il où c’est qu’il s’est caché
Dans quelle symétrie pantin désarticulé

Les fils sont coupés
Et chut
Il faut le rappeler
A chute

Et

Visage maquillé derrière le rideau
Ensanglanté de rose de rose et puis de bleu
Comme une Symphonie Pastorale au seuil du beau
Il a joué jusqu’à la mort sa vie déboussolée

Et l’yeux

Bayen, en terminale, au printemps

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LA GALERIE DES MORTS

Chaque mort s’avance en gigotant
Sort de son cadre et se sourie à lui-même
Chaque mort s’aime dans son cadavre épars
Sans âme chaque mort vivote.
Chaque mort envahit le musée dégoûtant
Qui devient cène du repas de la peine
A la passion du désert chaque mort part
Et revient tendrement à son état cloporte.

Et dans une ronde sans fin
– car sans fin est le néant ambulant –
dans une ronde sans fin ils avancent
Et chaque mort main dans la main
Aime son prochain passé attendant
Etat de jeu sans âme juste impression de danse

Chaque mort dans son pouvoir effrayant avance, piétine, va à l’autre mourant, et l’appelle à la fin, faim d’amour du néant, ô néantisation bénie sois-tu,
Chaque mort, tous dans des galeries peintes, comme on l’imagine, va à l’autre s’abreuver d’eau et de paix pour vivre mieux
Pour sans peine rire à peine esquisser soi-même le portrait du futur mort comme une mise en scène délirante du cosmos artistique

Les morts dessinés sont sans cesse entre eux entre soi et soi à travers leur mère et à travers leurs enfants
Les morts sont à mi-chemin entre l’amour et la haine à mi-chemin entre l’adulte et l’enfant
Les morts dans le musée dessinent leur dessein vont au calme imprégnant à la paix désirée au bonheur malveillant

Le tout s’en va laisse place au néant
Le rien à nos yeux est place d’un spectacle mouvant

Place d’une joie infinie sans fin est le vouloir du Mort qui aime en nous qui aime par nous
Maman sans fin est l ;e vouloir de ce bonheur enivrant qui est à nous seule possession du nous seule éternité du nous

Aux frontières de la passion j’adresse ces paroles à l’équilibre
Car sans cesse entre extrêmes la balance nous porte

Sommepy, 1999, mois d’avril.

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LES DECOMBRES DE MON AME

J’entre dans les décombres de mon âme
Dans un monde sans feu ni flamme
Juste des hommes, des femmes
Et au bar quelconque une quelconque dame.

L’antre s’ouvre et du fond de nous-mêmes jaillissent les désirs
Les néants, sentiments de rien, de peur, d’amour, d’idylles
Ce qu’on cache à la grande Société, des mots sans pitié, plaisir
Sans quoi l’Homme serait pensée, sans quoi jamais vil.

Au péril de chaque vie, tout plonge dans l’abîme, la brume
Tout ainsi s’évanouit, sans rien, comme on fume
Comme on boit. Plus que des futilités, tout se confond
Plus d’ordre, désordre, l’impartialité d’un moment néon.

Où la lumière aveugle.

(Platon, Marais, Audrey, Amaury, l’Etoile manquante, L’Open-café, L’Okawa, Cédric)
(Le jeudi 22 juillet 1999, Paris 9e )


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DANS LE NU BLANC OU JE M’AVANCE

Dans le nu blanc où je m’avance
Il n’y a qu’une étoile
Cette étoile est balance
Et la nuit se dévoile

La nuit noire mais infiniment colorée
La nuit du jeu non le jour d’ennui
Et peut-être les créoles vont entrer
Et peut-être les démons ont fui

L’antre s’ouvre à moi
Comme un sol aimanté
Sans pourquoi
La nuit m’a encerclée

Non la nuit noire, mais la nuit infinie
Celle à qui on se confie
Pour un jour moins joyeux
Peut-être un jour sans Dieu

Non la nuit noire, mais la nuit infinie
Celle à qui je dirai merci
Un merci, tu m’as délivré,
Sans pourquoi, dans La Vérité.

Le 1er août 1999, Sommepy.


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UNE TRACE DE PAS

une trace de pas sur le sable humide et collant à la plante des pieds. une trace de pied, le sable collant, granuleux et humide entre les doigts de pied. désagréable impression d’une plage démystifiée. un creux, là, au niveau du talon, des lignes de peau, là, sur le sable mouillées, une impression de chatouillement, là, sur le creux de la plante du pied, entre le talon et ses doigts. et le sable dans toute sa mansuétude là entre les doigts du pied. et le gros doigt, là, encore plus enfoncé dans le sable atroce. désagréable impression d’une plage démystifiée. un creux là, au niveau du talon, des lignes de pied, là sur le sable mouillées, une impression de chatouillis désagréable, là, sur le creux de la plante du pied, entre le talon et ses doigts. et le sable dans toute sa latitude là entre les doigts du pied et le gros doigt, là, encore plus enfoncé dans le sable noirci, marroni, bruni. L’effleurement de la peau comme une plume, un pétale de pensée, là qui grince, irrite, écœure. l’enfoncement qui s’enfonce tombant dans le fond du sable. l’effleurement écoeuré, l’envie de vomir. le sable et le pas, corps d’un, écœurement de l’effleurement. Factice. le froid gelant le pied de l’eau piquante et salée qui mollit le sang du sable et l’enfonce, les pieds dans une catégorie encore plus irritante – La mer m’irrite le cœur. côtelé d’un carcan : mes côtes me renferment, me serrent me stringono. Stringono est le vrai mot. l’armure des côtes de fer serre, serre, un peu comme des murs qui se rapprochent les uns des autres, réduisant l’espace, sauf que ces murs sont ces côtes – qui serrent – stringono – il cuore.

1999-2000

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JE SUIS LA FEE

Je suis la fée du conte de fée que je me fais comptant les nuages palis dans le ciel pale. Je suis le règne qui vole et s’envole vers la mère embrassée d’un pan sur le cou envoûté des tympans siphonnant l’éperdue acné de la femme qui nage vague vogue. Pirogue instantanée de l’amour qui décloue les clous où sont enfoncées les chairs des hommes vils dans la vicissitude d’un monde d’ordures aimé. Là s’arrête le pantomime de la vie je le garde je le conserve tel par-delà les folies.

Je suis la fée qui ne mourra pas, qui laissera d’être laissée lassée et lasse comme une masse, la femme qui faite fée s’envolera par delà les folies voguant dans les vagues futilement féeriques du ciel de faille, émail argenté d’un faon perdu, émail lacéré d’un sein dévêtu. Brillance du soleil fée merveille je suis, je fais merveille je suis. Je luis dans l’azur, dans l’azur, dans l’azure masure où dorment les mots d’ordure desséchée fées de la réalité. Ac. U alisée. Vendue dépecée. Ac U alité.

1999-2000

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IDEE D’UN HOMMME SOUS LA PLUIE

Capuchon bleu, intérieur rayé blanc bleu… couleur métal bleu brillant, imperméable. Se cache. Idée du fond gris des cités graffitis. La tête penchée, un pas vers l’avant, toujours le même. Dessin du décor. Comparution immédiate, l’homme juché sur ses pieds, jugé sur sa vie. Relèvement brutal de la tête et retors du cou vers l’arrière. Il saute. Glisse la fermeture vers le bas, ouvre son imperméable. Et l’eau froide goutte de son habit détrempé, bleu métal, aqueux, lui détrempe son visage, il gobe les gouttes. C’est comme un don du ciel, une jouissance du sexe pur qui s’élève. Il a une combinaison blanche, qui colle, des pieds à la tête, sous l’imperméable ouvert. Il sent l’eau, là, sur sa gorge. L’eau, fraîche, sur la sueur, lourde. L’eau fraîche qui ruisselle sur son corps. Comme une douche, naturelle, douche de pluie tropicale dans une ville rayée gris graffitis. Brutalement, son long manteau imperméable glisse. Sa combinaison change de couleur. Il saute, saute, sans bouger : paysage mouvant. Son bras droit oscille, balance, tiré vers le haut, coude plié vers le bas, et retombant lourdement, corps de mort. Son bras gauche, vite, vite, le même mouvement. La jambe gauche, le pied droit. Il saute. Son être pantin tressaille sur le fonds d’un mur gris orné de graffitis, aux couleurs chaudes. Jaune et rouge se chevauchent, et bougent au rythme du corps. La pluie est une jouissance. Les bras, les pieds, le sexe, tout est pris dans ce grand théâtre remuant les feuilles des arbres absents – à gauche et à droite, sur l’avenue éclairée du soleil sysiphant l’amour.

1999-2000


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SEMBLANT DE MORT

A – Que s’est-il passé hier ?
B – Rien
A – Mais
B – Mais quoi
C – Tais toi

1998-1999

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DANS LA BRUME, LE GRIS, LE FROID

Dans la brume, le gris, le froid
dans le rhume sous la pluie.
un manteau léger, fin, en velours noir
comme pour avoir chaud
pour se protéger du froid
mais elle a les jambes nues dans ses souliers noirs plats et fins
elle a le sein nu, ses habits ne font qu’un pale voile sur sa peau blanche
les murs sont gris, l’espace court et s’allonge
son corps les longe, son ombre aux morts
l’être s’illumine soudain parce que trop noire
quotidien de choix, l’artiste démonte les marches où il monte
sombre peur
un tableau, un poème, un pédé
tout entre dans cet antre fermé
le monde est clos autour, tout se ronge, se refuse
de la muse à l’amour, de l’amour à l’amer
tu me cloues, je ne puis plus bouger
la fumée s’élève comme une apothéose de l’humain
l’odeur s’épanche éparse sur moi
me fait tourner la tête tourner tourner sans discontinuer
la moquette est rugueuse et son image revient
Femme de rien, d’amour, d’art sans lendemain
une poésie volâtre un tableau à peine intéressé
l’âcre idée de la vie s’enferme là, dans la fumée de deux cigarettes entremêlée à elle-même
les bruits de pas sur le pavé de pierre grise et noyée
les bruits de pas
tout me perd dans cette vie de rien
la fumée virevolte comme un enfant
tu souris
pas même un mot
[pause]
je ne suis pas celle-là : elle part encore, allume la cigarette, clope dans le bruit du bar, et dans le bruit des hommes fortunés d’y vivre
elle est une image, une forme
je ne sais pas si tu comprends
je voudrais prendre part à ce grand film qui se déroule sur les murs – uniquement, sur les murs
dans eux
je sens cette fumée une force fortunée
elle me serre
je me cramponne
elle m’attise
je me lâche
dur sentiment de liberté jouie
extrême soulagement de l’image nue de mon moi

1999-2000


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LA POMME JUTEUSE

Une pomme juteuse, un sein – un couteau sanglant, une main – caresse. Une pomme pulpeuse, une lèvre amoureuse – une lame dextre et un fournier infime – sombrant l’infinie clarté du gouffre qui voyage d’une nuit à l’autre – transe des lettres et retour aux terrestres. Acuité. Force. Densité. Mertume mercurielle, piquée d’un seau qui marche de pisse. Une main, une entraille. Un amour. Une femme – belle comme sa langue, fourchue comme son pied – ambivalente comme son règne. Hors de toute contextualité : un maux. Une main, œil, visage, boutons, un nez, une entente – lacérée. Sadosaphorisme, acmé poignante – aimée. Poigne gelée. Glacial, glace engelée sucée – cernée et discerner l’ec-tasie. Du fond du bout des doigts amour vacant au futur dépecé, là comme las, comme idiome et axée. Philosophiquement arriviste. La pointe d’un Himmler écrénée. Ac-ualisée. Ualue allumé. Mais. L’ombre est une ombre qui rentre à cette poire empierrée. Où se morfondent les plus bas plafonds, cygnes d’un vase boueux, bouilli, babouillant, fouillant, batelant. Ac.Tisant. Tualisant. Tactile. Cette main ce désir contre tout géo-condition-tradition. Bats-toi contre cela. Hors de cela. Aux sens ô sens que je vous aime ceux du bassin bas sein mielleux, mielle âcre et doux, doux comme un fiacre, qui va – se dévoiler tour à tour, doucement, un habit – lentement nue, lentement tue, fût-il.

1999-2000

Documents joints

  • Nuit en poésie (PDF – 494.9 ko)

    Tout ce que j’ai écrit de po(é)sie dans cet intervalle là de temps, qui va de 1994 à 2003, avec même, un sommaire à la fin....

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