Accueil du site > Ecritures > Mes 3 minutes de slam > Virginité

Virginité

(Comme j’ai fait l’amour)

dimanche 30 novembre 2008, par Orénok A. B.

Amour et volupté. Ecriture. Atelier de slam. Et la nature, là-dedans l’amour ? Et l’arbre, là-dedans la nature ? Et l’homme là-dedans l’arbre ? Et l’arbre, là-dedans l’homme ? Et le corps vrai là-dedans l’arbre, l’homme et la nature ?


Virginité (Comme j’ai fait l’amour)

Quand pour la première fois
J’ai fait l’amour à la nature
Comme je me suis noyée dans toi l’érable
Mêlant nos germes et mêlant nos sueurs
Ton âcre sève d’amant au corps si dur
Ô doux sirop suintant sur mon corps pas mûr
Sur ma peau écarlate et vierge de tous sens

Comme j’ai fait l’amour à mon arbre
Chantant, dansant près de tes pieds mon chêne
Et rêvant d’outre-tombe, d’outre-mer, d’outre-père

Comme j’ai fait l’amour à ton écorce
Griffé ma peau d’enfant, saigné mon âme vierge
Au contact de toi brut, de toi sauf, de toi vif

Comme j’ai fait l’amour à tes épines
Engluée de résine, pénétrée de ta verge
Dans des bois pourpres, sombres et caverneux

Quand sur la pierre des monts, érodée par le temps
Gercée par le vent froid et par toi mon amant
J’ai aimé tout entière la nature et la vie

Comme j’ai fait jaillir, près du lac inférieur
L’image d’un matin nu, visage sans maquillage
Partout des yeux sans cerne, et des peaux d’enfant fraiches

Comme j’ai fait l’amour à ton corps sain
Difforme de ton tronc, j’ai redressé ta tête
Adoré ton image, ta frêle silhouette

Comme j’ai fait l’amour à ton corps d’homme,
Nus comme deux seules bêtes, la vie entre nos dents
La chair entre nos ongles, la haine après l’amour

Comme je t’ai mordu, griffé, mal aimé et trahi
En revenant si vainement vivre ici à Paris
Une ville sans amant, sans fruit, sans bonheur et sans toit

Comme j’ai fait l’amour à la nature
Vivant seule dans le ciel, dans les bois les alpages
Roulant mon corps contraint dans l’herbe moite et fraiche

Comme j’ai fait l’amour à la nature
Sur ma pierre bien froide, je m’allongerai bien encore
Juste pour encor sentir, dans mes yeux ton corps fort
Ton corps fort, ton corps dur, et moi mon corps pas mûr
Juste pour renaître encor femme au pays des astres
Femme de chair et d’os, femme d’amant partout

Comme j’ai fait l’amour à la nature
Je roulerai encore ma vie contrainte ici
Dans le sein des groseilles, et dans celui des fraises

Comme j’ai fait l’amour à la nature
Je recommencerai cent fois et même mille
A faire ton éloge toi mon amante nuisible
A faire ton éloge toi qui m’a fait sentir
Ma peau égratignée, mon visage écorché,
Et le rêve d’être toi, et celui d’être moi

Comme j’ai fait l’amour à la nature
J’ai mille fois fait, un milliard de fois fait
L’amour à mon corps vrai
Et mille fois encore, je recommencerai.

(Orénok A. B.)
(Atelier d’écriture du 27/11/08)

Répondre à cet article

|    Précédent     |    Suivant