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Vadrouille avec la mort

jeudi 14 février 2008, par Orénok A. B.

Vadrouille avec la mort

J’ai longtemps vogué sur les rives de la vie
Marché le bord des sentiers de la mort
J’ai vu celle que l’on croise le regard fuyant,
Celle qui fredonne un refrain effrayant
Celle qui te cherche Toi, l’Homme heureux
Celle qui me cherche moi, femme aveuglée femme sans Dieu

J’ai longtemps remis à demain ce que je pouvais faire hier
J’ai longtemps agi sans pensée, agi sans prière
On m’a souvent reproché d’être trop ci, trop ça,
Mais qu’avais-je alors à perdre d’être moi ?

J’ai longtemps écrit au stylo le cœur des mots,
Vendu à mon cahier des bribes de poésie
Fait d’Aragon le prophète biblique de mon rêve accouché
Fait de Lacan le con qui soigna mes soirées

De mes errances ici et là
Chaque fois, j’ai rapporté des souvenirs
Le long des rivières de vie des sourires forcés
Le long des chemins de la mort des crucifix de paix

Il y a eu aussi les cartes postales et les photos des palétuviers
Et les awalés et les tissus, et les colliers et les sucriers
Des souvenirs comme ceux d’un voyage
Des souvenirs un peu pour oublier mon âge

Mon grand âge doré, qui ne tardera point lui aussi à s’éteindre
Une fois que le jour sera fait sur l’appétit de feindre
Sur l’appétit de n’être pas, non, de n’être plus
Que vent dans le vent et poussière à poussière

Une fois que sera fait ce silence perçant
Celui qui te fera dire, Toi l’homme survivant,
Elle s’est tue

Et puis la mort reviendra
Elle reviendra à moi
Dans un doux silence d’enfant sourd
Elle me dira « A toi le tour »
Qu’aurais-je à perdre alors de voir le jour ?

Enfin revoir les gens qui du chemin sont tombés dans le fossé
Enfin revoir mes amours passés
Ceux d’il y a mille ans
Lorsque encore je n’avais que huit ans

J’avais huit ans, et pas un gramme de plus
Il y avait dans le ciel des stratocumulus
Le directeur m’avait dit « viens voir dans mon bureau »
Et j’avais été voir dans son bureau
Il y avait là ma tante Thérèse et je ne comprenais pas
De l’école avec elle je suis rentrée chez moi ce jour là
La mort encore, celle de la veille, et celle de demain
La mort encore avait frappé sans demander son chemin

J’ai longtemps vogué sur les rives la vie
Marché le bord des sentiers de la mort
Un jour j’me suis jetée dans la vie
Et qu’elle vienne encore, me défier, elle, la mort ?
Elle se noiera dans le fleuve de mon fleuve,
Elle se noiera dans les mots de mes maux

Et moi quand j’m’éteindrai quand alors mon heure ce sera
J’aurai au moins remporté cette victoire de foire
D’avoir tué la faux avant que n’ait sonné le glas.

(Janvier 2008)

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