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Mon placard à jouets

dimanche 6 avril 2008, par Orénok A. B.

Loin derrière le monde, il y a une porte. Que cache t-elle sinon « un monde de pâles répliques en jouets de ce qui se joue dans le grand monde » ?

Mon placard à jouets

(Je voudrais dédier ce slam à un homme qui m’a beaucoup aidée,
Et qui continue de m’aider)

Loin derrière le monde, il y a une porte
Une toute petite porte de vieux bois, peinte, en blanc
Une toute petite porte
Et quand on l’ouvre derrière, il y a plein de jouets
De toutes tailles
De toutes époques

Il y a de toutes petites locomotives de bois
Qui dansent en rond, sur des rails de bois, qui vous emmènent au bout du monde

Il y a de très vieilles poupées toutes de porcelaine
Des poupées de chiffon et des poupées de Verlaine

Il y a, il y a de mystérieux livres d’images, qui vous racontent le monde
Des histoires de jungles et des lunes de miel, que vous imaginez comme des sucres d’orge

Il y a de longs abécédaires, avec tout plein de chiffres à déchiffrer
Des nombres d’or et des équations d’alchimistes

Il y a, il y a des jeux de cartes et des rois et des reines et de grands valets
Où déposer de longues robes de chambre toutes d’azur bleutées

Il y a de grandes maisons miniatures, où faire dormir la poupée
Où jouer à la dînette avec un briquet
Où mettre le feu, sans le faire exprès

Il y a des fers à repasser, pour apprendre à faire comme les grands
Rentrer dans des cases, devenir soi-même maman

Alors, vous fermez la porte, comme un enfant de trois ans, en essayant de vous dire que tout cela n’était qu’imaginaire,
la grande table de la cuisine familiale où vous vous cogniez, du haut de vos trois pommes, petit homme,
les grands parents qui vous disaient sans cesse de bien vous tenir en société,
ne faites pas ci, ne faites ça il faut aller à la messe le dimanche.

Vous n’aviez pas trois ans, quand sur vous s’est refermée cette porte, et que vous avez commencé à vivre dans votre monde de poupées,
où de jouets on ne voit que des miniatures d’adultes déboussolés,
qui vous enferment dans votre rôle, comme un être qu’on enrôle,
pour aller à la guerre, aller à la société.

Mais moi, j’ai refusé ce monde là, quand je n’avais pas trois ans
J’ai tout brûlé, en jouant à la dînette, dans ma maison de trois mètres

Puis bien des années après, on m’avait cru disparue à jamais, pour de bon, et c’n’était finalement pas si mal,
j’ai retenté d’entrouvrir ma porte, et si étonnamment que cela puisse paraître, elle s’est ouverte toute seule, sur un grand mur blanc.
Les grands avaient arrêté de jouer. Ils avaient muré mon placard. M’avaient enfermé dedans sans le savoir.

Et depuis, je crie, je hurle à qui pourra venir me sauver de ce monde de pales répliques en jouets de ce qui se joue dans le grand monde, que jamais je n’ai su côtoyer.

Mais alors que choisir,
entre les hurlements de l’enfant transie, enfermée toute seule dans son monde, et qui tente vainement d’en sortir,
et ce long sommeil qui nous attend, si vainement on se résout à vivre le monde comme les jouets nous l’ont appris
ne faites pas ci ne faites pas ça
et de loin en loin, dans mon monde d’artifices, je sens parfois poindre entre les briques blanches la lumière d’un soleil que je ne connais pas.

(Orénok, 29/03/2008)


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