Accueil du site > Ecritures > Mes 3 minutes de slam > Mazette (5h du mat)

Mazette (5h du mat)

mardi 7 décembre 2010, par Orénok A. B.

De Caïn ou Abel, j’aurais choisi Abel. Parce que le nomadisme, c’est marcher, parce que berger c’est être nomade. Alors allons. Et levons-nous. Tôt.


Mazette
(5 heures du mat)

Ca m’est tombé soudain
Comme un ciel sur la tête
5 heures du mat à point
Fallait qu’j’me lève, Mazette !
5 heures du mat pourtant
C’est pas une heure pour les poètes
Pour les bergères, ben pt’être,
Mais pas pour tous ceux qui s’entêtent !

Pas fait exprès, plus fort que moi
Fallait qu’je sorte de ma chambrette
Humer le vent, sentir le froid
Voir s’envoler les alouettes
Fleurer campagne et puis montagne
Dans l’jour qui poind, la nuit qui crève
Fallait qu’je marche, et que je cagne
Que j’sente sur le vent la brume qui s’lève

J’arrive même plus à être en retard
Un vrai fléau, un vrai cauchemar
3 somnifères et 8 médecins
N’y ont rien fait, et j’y peux rien
J’ai tout tenté, tout essayé
De changer d’heure, de pas m’coucher
Faut croire vraiment que j’suis condamnée
Au chant du coq j’suis sur la paille
Et à 5 heures, faut que j’me taille

Pt’être que c’était juste le vent
La grange en branle, les campagnols
Qui voulaient m’voir dans le levant
Danser en rond la carmagnole
Mais j’comprends pas, j’sais pas danser
J’sais pas pourquoi on s’est aimé
J’suis qu’une poète de pâquerette
Et j’ai toujours la mine défaite

Ca m’est tombé soudain
Comme un ciel sur la tête
Un beau berger du coin
Et qui m’voulait, Mazette !
5 heures du mat pourtant
C’est pas une heure pour les poètes
Pour les bergères, ben pt’être,
Mais pas pour tous ceux qui s’entêtent !

Faut dire aussi qu’il était grand
Le plus grand d’tous au bal Musette
Qu’il était beau, qu’il était temps
Que je me trouve une amourette
En salopette et chemisette
5 heures du mat je l’ai aimé
Lui et ses terres, lui et ses bêtes
Un vrai fermier un beau berger

Alors on chante dans les névés
Et sur les drailles la voix cassée
Pour un troupeau tout mélangé
De merinos, de moureros
De gringalettes et de plus grosses
5 heures du mat et les plâtrées
Sont plus que tout, m’privent de sommeil
J’sais pas pourquoi je m’émerveille

Et tous les jours même le dimanche
S’crever les pieds dans la neige blanche
Et les compter les recompter
Brebis moutons chèvres et béliers
Qu’ils sont trop beaux, qu’elles sont rieuses
Mes bêtes noires, et mes chiens blancs
Même les boiteuses, même les râleuses
Moi j’y peux rien j’les aime tant

Ca m’est tombé soudain
Comme un ciel sur la tête
Gelées orages tempête
Fallait que j’me taille, Mazette !
5 heures du mat pourtant
C’est pas une heure pour les poètes
Pour les bergères ben pt’être
Mais pas pour tous ceux qui s’entêtent !

Dans le brouillard on n’y voit rien
Même pas ses pieds même plus ses mains
Et le troupeau qui s’est taillé
1500 bêtes et sans broncher
A bout de strophes, quand la nuit grèle
En catastrophe, quand le vent s’lève
On en perd tout même sa mémoire
Et qu’il fait froid et qu’il fait noir

Au cri du loup, on s’l’ève alors
Et à l’aveugle on les recherche
On prend l’virus par tous les pores
Et on imite la chouette revêche
Et quand le ciel sans vraie raison
Se fend soudain, crève sa passion
On se relève de toutes ses forces
Et on les suit au son des cloches

Et on les retrouve à la sonnaille
Et on arrose les retrouvailles
Comme un poème qui claque ses rimes
On vit, on rit, on s’lève, on trime
Et sous le ciel dans la tempète
On naît bergère on d’vient poète
Mais on meurt tous un peu trop tôt
5 heures du mat, faut vivre tôt

Ca m’est tombé soudain
Comme un ciel sur la tête
5 heures du mat à point
Fallait qu’j’écrive, Mazette !
5 heures du mat pourtant
Et j’suis toujours qu’une poète
Une bergère ben pt’être
Mais j’ai pour moi mes 1000 bêtes !

Orénok A.B. - Novembre 2010

Répondre à cet article

|    Précédent     |    Suivant