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Les poètes de feu

dimanche 24 juin 2012, par Orénok A. B.

Les poètes de feu

On ne les verra plus slamer au coin des rues
Ni dormir près de l’âtre attirés par le feu
Ni chanter idolâtre leurs ébats malchanceux
On ne les verra plus trimer pour repasser
En rêveurs insipides leurs egos et leurs pieds
Et bouffer leur liquide à leurs bières arrimés
On ne les verra plus sillonner nos contrées
Se liguer contre tous et pour un se livrer
Amarrés à leurs rêves défendre leurs idées
On ne les verra plus slamer au coin des rues
Et sentir sous le vent la tendresse de l’hiver
Et sentir dans leurs vers l’amour du vivant
On ne les verra plus appelés au micro
A minuit et demi louper l’dernier métro
Pour tenter d’exister à demi-voix demi-mot
On ne les verra plus s’accouder au bistro
A la porte des mots dénouer leur poncho
Et troquer leur habit contre un verre de porto

Les poètes de feu un jour de grand soleil
Ont traversé le miroir dans un désert vermeil
Un de ces grands déserts où qu’on roule trop vite
Où qu’on s’plante en caisse c’est la vie qui débite
Un jour de grand soleil qu’on s’eut cru au mois d’août
Ils nous ont planté là dans la peur et le doute
Leurs guillemets grand ouverts, comme un fleuret qui danse
La scène à peine vide, les rideaux qui balancent
Ils sont partis tranquilles, sans plus rien à poser
Parce qu’on va pas au slam comme on va s’confesser
Ils ont posé leurs armes, sont partis sans prévenir
Parce qu’ils n’en pouvaient plus d’ainsi s’enorguillir
Et les dictées d’leurs mômes s’en sont trouvées légères
Sans virgule à poser et puis c’est l’dernier vers
Pour chaque poème dit un tiret de tracé
Tu diras ton Prévert par cœur et sans penser
Les poètes sont mot dit, et tu sauras te taire
Parce qu’on ne peut mourir pour la beauté d’un vers

Les poètes de feu auront roulé leur bosse
Evidés et creusés comme d’éternelles fosses
On les accueillera avec chaleur et pleurs
Comme un jour de grand froid où on tremble de peur
Le cercueil à porter les fleurs blanches comme feuille
Et les obsèques qui durent et les vers en deuil
Les poètes de feu auront dansé dans l’noir
Sur l’échafaud des scènes chauffé à blanc leur gloire
Sous les spots ignorants des balles en vis à vis
Ils en auront tant dit, ils auront tant écrit
Que leur cri qui les crève me sera crève-cœur
Et quelle poésie pour combler ma douleur
Les poètes de feu auront tant sillonné
Chaque champ chaque pré chaque ville chaque idée
Qu’ils en auront tracé des traverses de mots
Autoroutes du vers ou sentes à stylo
On ne sait plus pourquoi ni où par s’en aller
Alors les suivre ou pas c’est à prendre ou laisser

Car les poètes de feu tels des feux follets
S’éteignent en un instant pour renaître plus vrais
Quelques instants plus tard quand déjà la pluie tombe
Et leurs corps verts en terre, sont une fertile tombe
Aux poètes de feu rien ne sera jamais vain
Et à force de croisement croitra quelque bambin
Un poème batard un métisse incongru
Qu’un futur poète dira au coin d’la rue
Qui grandira des champs comme un arbuste vert
Pour lever vers le ciel un regard sans travers
Un regard droit devant comme un enfant qui ose
Enfin dire quelques mots et devenir prose

J’ai l’âme carbone, carbonisée de mots et j’en fais tout un feu.

A tous les présentateurs de scènes slam d’hier, d’aujourd’hui, et de demain !

Orénok AB, 24 juin 2012

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