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Les corbeaux de maïs

mardi 15 février 2011, par Orénok A. B.

Un texte comme Mazette, une chansonnette, et surtout, un hommage à l’Ouest français où j’ai émigré quelques mois entre 2010 et 2011... Pour le slam. Pour la vie. Pour être. Et écrire.


Les corbeaux de maïs


Quand les corbeaux de maïs
S’envoleront par les bois
Par tous les rêves d’Ulysse
J’reprendrai mon crayon d’bois

J’ai traversé mon pays
Pour un sol trois fa d’rythmique
Pour me tisser un habit
D’or de lustre de musique

Mais jamais elles n’ont brillé
Les étoiles des bois sacrés
Et comme un clown déguisé
J’ai fini en chanvrier

A rouir le chenevis
Enrichir les vieux turons
Entre l’Indre et le supplice
Au routoir de Bréhémont

On n’choisit pas ses amours
C’est le vent qui nous les mène
Mais dessus mon 33 tours
Je pose des vers de laine

C’est au milieu du far west
Qu’une cow girl m’a aimé
Mais ma rousse petite peste
Le roi me l’a enlevé

J’lui aurais offert le monde
Elle préférait son chemin
Et par toutes les messes blondes
J’ai confessé mon chagrin

Au matin de ces grisailles
Elle caressait l’horizon
De passer entre les mailles
Des douanes et des oppressions

Quand on est enfant du sol
Faut pas croire qu’on est libre
Que le front n’est qu’à l’école
Que l’histoire c’est dans les livres

Mieux combattre par le fer
Succomber sous les canons
Que dans l’ombre et la misère
Oublier ton doux prénom

Quand les corbeaux de maïs
Danseront le chant funeste
Dans la Touraine du far west
J’écrirai au roi des lys

J’lui réclamerai ta main
Et de grâce ta liberté
Qu’on a échangée en vain
En papier de barbelés

Et si mon roi n’m’écoute pas
Je prierai dans mon silence
Pour que près de son trépas
On lui reprenne la France

Qu’on la mette à sac à nu
Et qu’enfin sa terre nourrisse
Par tous les socs des charrues
Mes noirs corbeaux de maïs

Quand les corbeaux de maïs
Se changeront en poètes
A c’lui qui s’dit roi des lys
Je lui couperai la tête

Et j’me ferai poète nomade
En Touraine du far west
Pour crier à tout le diable
Mon amour à ma rousse peste

Et au carrefour des blondes
J’tirerai une belle brune
A fumer de par le monde
Comme on baise bien la lune

Quand au soleil de midi
Y rongeront mon corps bâtard
Les corbillards de ma vie
Seront les maïs d’la Loire

Je ne suis pas plus français
Qu’un marseillais bordelais
Dans un siècle prisonnier
Aux papiers de barbelés

On n’me liera pas les poings
J’les ai déjà enferrés
Quand j’ai choisi pour ma fin
Le tuffeau d’la liberté

On n’me reprendra pas mes mots
Je les ai déjà cédés
A tous ces tristes corbeaux
Par les maïs mordorés

Je ne serai ô grand jamais
Le poète de la cour
Mais en coq de basse-cour
Je chanterai dans les chanvraies

Qu’on m’a pris ma belle rousse
Qu’aimait trop sa liberté
Que me reste t-il en douce
Que mon habit d’chanvrier ?

Que j’finisse ma vie au bagne
Loin de mon far west aimé
Dans les champs de la Champagne
J’finirai où je suis née

Et les corbeaux de maïs
Me parleront d’un temps passé
Où tous les rêves d’Ulysse
Enivraient les chanvriers…


Orénok A.B.
Janvier-février 2011

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