Accueil du site > Ecritures > Mes 3 minutes de slam > Les champs de mil

Les champs de mil

Et si le monde mourait

jeudi 20 août 2009, par Orénok A. B.

Les champs de mil
(Et si le monde mourait)



Et si le monde mourait
et si tu te taisais
tu n’srais
plus rien qu’au bout d’la route
un bout d’écoute

On t’entendrait couler le temps
On s’entendrait couler le temps
Un bout d’silence
Sur l’bout d’la langue

J’aurais mes mots cachés à moi
T’aurais tes mots cachés à toi

On s’écouterait
Sans s’regarder
Sans se parler
En regardant
Le monde parler
Le temps passer

Et si tu te taisais
que l’monde mourait
qu’y aurait-il
à regarder
à écouter
dans les champs d’mil
sauf mon étoile
en fond de toile
qui tisse son fil
dans mes oreilles
mille ou dix-mille
chants d’hirondelle
et si tu te taisais
que j’t’imitais
qu’y aurait-il
à égrener
de nouveauté
dans les champs d’mil
y’aurait toujours
au lever du jour
l’champ à semer
les mauvaises herbes
à enlever
et puis mon herbe
à cultiver

Et si demain mourait
p’t’être j’revivrais
dans un au-delà
au-delà du monde
au-delà du temps
dans un autre âge
ce s’rait le tien
dans un autre lieu
ce s’rait le temps
ça sourirait
le temps passé
ça m’ouvrirait
l’esprit enflé
je renaitrais
pays du simple
simplicité
des nouveautés
du champ à semer
d’la pêche à mener
et puis troquer
contre du rien
un bout d’passé
ce serait le mien
un bout d’futur
ce serait le tien

Y’aurait plus rien
à regretter
plus même moi
plus même toi
on s’rait deux autres
dans l’champ des autres
et on boirait
à l’eau du puits
on s’nourrirait
du tau au mil
peu importerait
rien n’s’imposerait
que d’y rester
ce s’rait not’ vie
à racheter
et nos faciles
en difficile
on troquerait
au coin d’une ville
peugeot charrette
pilon tamis
on r’partirait
loin d’ici là
pour un avenir
un aut’ avenir

Y’aurait plus rien
plus rien à r’dire
dans un non-champ
aux champs du mil
moi j’m’en irais
et j’t’emmènerais
toi mon amant
tu dessinerais
dans toutes les langues
sur tous les murs
des dessins libres
contre l’excision
et puis au loin
tu le verrais
dans son boubou
il te dirait
en marabout
de n’écouter
que l’temps passer
et de te taire
et de me taire
on s’baillonnerait
un champ d’amour
dans les champs d’mil
on s’aimerait

Ce serait là-bas
ce serait au loin
on n’pourrait pas
en revenir
mais pour rien
j’ne laisserais
ma chance partir
elle passerait
je la prendrais
au vol
et j’m’en irais
enfin voler
voler au loin
de mes propres ailes
chant d’hirondelle
je t’aimerai
chant d’hirondelle
y’aurait tes yeux
y’aurait les miens

On s’écouterait
Sans s’regarder
Sans se parler
En regardant
Le monde parler
Le temps danser

J’aurais mes mots cachés à moi
T’aurais tes mots cachés à toi

Ils nous diraient
Des champs d’amour
Des champs d’espoir
Et puis des pluies
Pour irriguer
Pour arroser
On survivrait
Du peu d’la terre
On survivrait
Au mieux d’la mer
Y’aurait le mil
Et le poisson
Plus besoin d’rien
Sauf de ton nom


(Orénok A.B.)
(Août 2009)

Répondre à cet article

|    Précédent     |    Suivant