Accueil du site > Ecritures > Mes 3 minutes de slam > Le moulin à vent

Le moulin à vent

samedi 1er mars 2008, par Orénok A. B.

Un petit moulin, quatre ailes, planqué dans le rebord d’un tableau. Un petit moulin, quatre ailes, planqué dans le rebord d’un souvenir. Un petit moulin, quatre ailes, planqué dans le rebord d’une chanson. Un petit moulin, quatre ailes, planqué dans un rebord de l’Histoire. Le moulin, la famille, et le temps qui passe, qui passe, qui passe, qui passe.... le moulin, la famille, et cet homme-éternité, mi-dieu, mi-titan, anti-héros de l’histoire. Arrivera t-il seulement à soigner « les blessures que le temps et l’homme font subir » ?


Le moulin à vent

Ce n’est pas une histoire vraie
Mais une fable, un conte, une légende
Qui me vient de loin
Du plus profond de ma mémoire, une histoire, qui était déjà là, en moi, bien avant ma naissance

Je suis le moulin à vent
Et je chante et je chante, et mon chant par les champs dans le vent s’envole
Et je siffle et je siffle, dans mes ailes de bois où s’engouffre le souffle d’Eole
Je suis le moulin à paroles
Je suis le moulin du village tout de craie, de chaux et de bois fait
Je suis le moulin de famille, et de mes 4 ailes je survole les prairies où paissent les troupeaux, et les champs où passent les paysans
Je suis le moulin de famille, et je chante dionysiaque, les milles bottes de mil qui emplissent mon ventre
Je suis un moulin en pays de cocagne où tout est vert du soir au matin
Je suis le moulin qui délivre le pain, je suis le moulin à grain
Et je chante et je chante, et mon chant par les champs dans le vent s’envole
Et mon babil d’enfant dans Babel se livre

Je suis le moulin qui célèbre le vent des siècles durant
Jusqu’à ce que l’homme acquiert la puissance de l’électricité
Je suis celui qui toujours l’a nourri
Je suis le moulin-acropole
Mais soudain viennent les dérèglements planétaires
On fait trop subir à la terre
Vient le vent des tempêtes, le vent des colères, celui qui ne délivre plus, celui qui va plus vite que mon chant, mon aile-mère s’envole
Je suis le moulin sans parole
Aile brisée en 1917, je suis le moulin du passé Je ne passe plus le grain et mon ventre est vide et mon antre s’ennuie

Vient un homme alors, un homme-éternité qui croit dur comme fer savoir tout réparer
Tout de fer, il m’enferre
Et me greffe une aile de fer qui résistera aux éléments par lui déchaînés
Mais l’aile est trop lourde, et je ne puis plus chanter, ni siffler au vent
Ni offrir mon babil d’enfant au ciel d’émail qui ne se calme plus
Je suis le moulin-nécropole
Et malgré l’homme-éternité mon antre reste vide
Habitée la nuit seulement de chouettes et de chauves-souris
Et le jour de serpents, de rats, de souris
Je suis le moulin d’un passé de cocagne en ruines
Sous le poids de mon aile de fer, je m’affaisse
Je suis le moulin de tristesse
Je suis le moulin là, planté dans l’infini soubresaut d’un tableau
Je suis le moulin là, ravi par la vie qui me fuit

Et loin encore, vous entendrez l’homme-éternité parler de son moulin réparé
Mais on ne guérit pas les blessures que le temps et l’homme font subir
Et loin encore vous entendrez parfois sourdre des champs l’écho de mon chant du passé
Car je chantais je chantais, et mon chant par les champs dans le vent s’entend encore
A qui sait l’écouter
Car je sifflais je sifflais, dans mes ailes de bois où s’engouffre encore le souffle ulcéré d’Eole
A qui sait le chanter

(Orénok A.B. 23/02/08)


Mes sons via xspf

Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

Documents joints

Répondre à cet article

|    Précédent     |    Suivant