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Le bar à mots

dimanche 15 juin 2008, par Orénok A. B.

Bar à pluie où il pleut, bar à sol où ça muse au soleil, bar à mots où ça mord le micro....bar, bar, bar, bar à chute pour amortir les sauts dans le néant, bar à mots pour réécrire tous les maux... Et puis un peu de bar d’aile pour ne pas remettre tout ça dans l’ordre, ne rien ranger, laisser en l’état. Un bar en bord’aile, finalement, un bar pour voyager.


Le bar à mots


J’ai itinéré sur les routes de bar à pluie en bar à sol, de bar à sol en bar à mots
Pour faire la pluie et le beau temps sur tes rimes et mes mots
J’ai itinéré sur les routes de bar à pluie en bar à chute, de bar à chute en bar d’aile
Pour relier tous les hommes du monde dans ma langue de Babel


B’jour M’sieur, j’voudrais un cocktail au rhum s’vous plait
Mais comprenez c’est pas c’que vous pensez
C’est pour l’mal de gorge
Comme un grog quoi, un cognac, pour avoir la gnac


J’ai écumé les bars, de l’Ouganda au Mali, Cuba libre Paris
J’ai écumé les bars, récits d’voyageurs de Lisbonne à Tromsø
Marins de rien, mariés à la mer, en quête d’aventure
Portraitistes ambulants de héros sans figure
Matelots sans bateau naufragés sur l’asphalte
Qui disaient des histoires pour un verre de pur malt

J’ai écumé les bars à devenir étrangère
A saisir au passage des sons sans frontière
A voler à l’arrache des mots d’autres, d’autres mots
D’autres langues suspendues au micro
J’ai avalé à grandes goulées des gorgées de soleil
Sans savoir sans comprendre gourmandise de l’oreille

Puis j’ai refait le monde, ma chope à la main
Et sur l’écume de mes verres et des tiens
J’ai noyé ma solitude d’enfant va nu-tête
Rêvant de tempêtes d’orages d’océans en goguette
J’ai écumé les bars à cuver le matin pour le soir
Et le soir arrivé à dormir adossée au comptoir

J’ai écumé les bars, et durant tout ce temps
J’ai rencontré des gens, oui, des gens
Qu’étaient de toutes sortes, de toutes nations, de toutes cultures
Qui disaient des mots chauds, des mots froids, mots ris tôt, mots ratures
Expulsés avec gouaille
Du tréfonds d’leurs entrailles

J’ai écumé les bars encore, à en perdre le nord
Près des ports des grutiers, ports de pêche ou d’import
J’ai suivi les routes du commerce noir, de Vasco de Vodka
En Christophe Colomb, sans entracte, ni encas
J’ai écumé les bars jusqu’à c’que ma chaloupe chavire
Que l’mât s’affaisse, qu’la voile se déchire

J’ai écumé les bars savez-vous à en perdre mes papiers mon pays
Et ma langue et ma vie
J’ai écumé les bars jusqu’à m’oublier me confondre, devenir mon voisin
Table chaise, pilier d’bar en bois peint
J’ai écumé les bars à soigner dans l’alcool mes maux d’gorge et mes maux à tue-tête
Alors direz-vous je suis celle qui se soigne et au vers à l’entête

Mais surtout ça m’fait oublier d’où je viens où j’suis née

B’soir M’sieur, j’voudrais un cocktail au rhum s’vous plait
Mais comprenez c’est pas c’que vous pensez
C’est pour plus penser, pour plus réfléchir loin m’évanouir, fumée (é)vanescente
Juste pour plus m’souvenir de l’aut’ vieux là-bas qu’a perdu la mer
Et près de sa bière rêve d’un autre air

J’ai itinéré sur les routes de bar à pluie en bar à sol, de bar à sol en bar à mots
Pour faire la pluie et le beau temps sur tes rimes et mes mots
J’ai itinéré sur les routes de bar à pluie en bar à chute, de bar à chute en bar d’aile
Pour relier tous les hommes du monde dans ma langue de Babel


Orénok A.B. 13/06/08

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