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La lettre à l’inconnu

lundi 15 juin 2009, par Orénok A. B.

La lettre à l’inconnu

Je viens vous écrire une lettre d’amour
Je n’vous connais pas
Mais c’est pour toujours
Si si, y’a qu’à en croire mon moi
J’me sens intriguée par vot’ bizarre voix

Puis mince enfin : pourquoi vous m’répondez pas
Vous faites comme si je n’existais pas
Et moi alors, vous pensez à moi, vous rêvez de moi ?
Comme tour à tour, je rêve d’amour ?
Y’en a que pour vous : c’est toujours comme ça
Vous croyez que j’vous ai pas vus
Là avec vos sous-entendus, vos mal-entendus
Y’en a que pour vous : et moi, on m’voit pas
Je suis l’invisible, celle des lignes fébriles
La mortifère, celle des slams d’enfer
Là où tout brûle
Là où quand tout brûle
On jetterait tout au bûcher :
Les mots les idées et not’ liberté

Merde alors : vous pensez à moi ?
Oui vous m’écoutez, et pis quoi ?
Croyez quand même pas qu’j’vais m’en contenter !
Même si j’tourne en rond, je n’suis pas rayée
Et puis flûte alors vous pourriez y croire
Croire : que c’est moi l’élue
Celle qui va gagner le pouvoir la gloire
Juste parce que j’ai bu
Et que quand j’bois trop
J’suis comme un bateau
J’me mets à prendre l’eau
Et puis j’ne rends plus
Je salive de mots
Et puis j’les rends plus
Puis croyez pas que j’vous ai pas vu
Là, caché derrière vos vers
Ben si, j’vous ai reconnu
Et faites pas encore vot’ Prévert
J’vous aurais prévenu
Je n’suis pas un disque, même quand j’ai trop bu

Et puis putain d’Zeus, mon monde à moi : oui vous pourriez vous y intéresser
Au lieu d’faire semblant, de dire connement
Tiens c’est bien c’que t’écris, moi l’hypocrisie
Ben c’est pas mon violon d’Ingres
Et c’est pas parce que j’sais pas
Reconnaître un si bémol d’une clef d’fa
Mais tout bêtement
C’est pas c’que j’écris
Qui compte réellement
C’est comme je le dis
Z’avez pas compris ?
Le slam c’est pas d’lécriture
C’est comme la biture
Plus t’en bois, plus t’es toi
Et toi quand t’as bu, fais pas l’innocent
J’sais bien qu’t’es comme moi
Pas fort fort méchant
Mais fais pas ton gentil non plus
Je n’me laisserai pas prendre si facilement
Par un beau parleur, certes un in-connu
Mais c’est blanc bonnet, bonnet blanc
Tu te crois slameur, tu te crois râleur
Et puis finalement
Ton geste le plus beau
Ce sera de te taire et d’laisser l’micro
D’payer ta tournée, comme autour du pot
Et puis d’me répondre, à mon grand malheur
Dans un siècle ou deux, à 25 à l’heure
Qu’on n’aime pas les inconnus
Certes ils intriguent, quand on a trop bu
Et certes on intrigue, quand ils ont trop bu
Mais de vous à moi, ce qui compte le plus
Est-ce que ce sont les mots dits ici ou dans la nature
Lors une randonnée, dans les bois perdue, près d’une verte masure
Une vie authentique
Loin des slams mastiques
Et d’l’art dramatique
Une vie pour de vrai
Enfin quoi pour de vrai
Loin des rêves de gosses et des slams d’ivraie...

Orénok A.B. 15/06/09

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