Accueil du site > Ecritures > Mes 3 minutes de slam > Je veux un monde en blanc

Je veux un monde en blanc

mardi 30 septembre 2008, par Orénok A. B.

De la vie en noir au monde en blanc, il n’y a qu’un pas. travail. dépression. absurde. manque de sens. de saveurs. d’odeurs. mort. Un texte tout autant empreint de mort et d’absurde que la vie en noir respire de sens et de vie.


Je veux un monde en blanc

Je veux un monde en blanc
Tout propre bien aseptisé
Des carreaux qui brillent, même dans les WC
Des dossiers bien rangés, et des casseroles bien empilées
Je veux un frigo dégivré, et un micro-onde nettoyé
A la ouate, et à l’alcool
Des tailleurs à l’eau d’javel, et des tapis blancs
J’ne veux plus d’moquette, c’est pour les acariens,
Et plus d’rideaux, c’est pour les voisins
Pour qu’ils voient que tout brille, que tout est nickel
D’or et de javel
Je veux vivre dans une chambre d’hôpital, où ça sentirait bon l’éther et l’éternel
Des murs blancs pour plus réfléchir
Des médicaments pour plus ressentir
Je veux un monde sans excrément
Un monde sans humain
Plus de sensations, plus de discussions
A la Orwell, pourquoi pas à la Huxley
Ce s’rait mieux
Mais j’ne veux pas du mieux, je veux du parfait
Un monde sans salissure
Sans couleur sans saveur
Je veux des restaurants bio qui ne t’offriraient que des gélules vitaminées, après prise de sang Quotidiennement
Ne plus manger
Manger c’est animal
Je veux un homme bien moins mâle
Et une femelle sans aisselles
De la tête pensante voilà tout
Sans désir
Sans être
Sans avenir
Je veux un monde tout en blanc, et une vie bien décolorée
Des surfaces lisses sans accroc, et plus de matière
Plus de crépi, ça décrépit
Et plus de fripon, je veux un monde tout de coton
Pour se rouler dedans
Sans s’casser l’émail des dents
Je veux un monde risque zéro
Des chirurgiens tués en cas d’bobo
Des usines sans Seveso
Et des êtres humains rien moins que des robots
Qui travaillent du jour au matin et du matin au jour sans y penser
Des êtres à la Ford japonaise
Créés pour produire du blanc
Pour tout laver aseptiser
Et replier mon linge blanc, bien repassé après la machine à 90 degrés
Je veux du blanc, du blanc, du blanc
Un monde sans parole où tu pleurerais
Un monde sans guignol où tu te tairais
Je veux du blanc, du blanc, du blanc
Pour n’plus regarder les bleus des autres
Et ne plus voir dans un miroir la détresse en couleur
Je veux un film de ma vie en noir et blanc
Filmé comme Cherhal en super 8
Pour y rêver enfin d’Edelweiss, et de chrysanthèmes.

(Orénok A. B.)
(Septembre 2008)


Mes sons via xspf

Vous devez installer le module flash correspondant à votre navigateur pour voir ce contenu.

Documents joints

Répondre à cet article

|    Précédent     |    Suivant