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Ici et là

mardi 15 mai 2012, par Orénok A. B.

Ici et là

Ici, on dit blaguer pour dire parler
C’est un pays qui sent l’humus et le soleil
Ici, on dit bèou pour dire beau
C’est un pays qui sent l’mélèze et m’émerveille

Ici, c’est un pays de grand silence
Où qu’on transhume chaque été
Un pays qu’apprend la patience
Depuis des siècles aux moutonniers

Ici, c’est un pays gonflé d’odeurs
Et de senteurs planétaires
A midi pile ça sent la fleur
Sous les aisselles des lavandières

Ici, c’est une église à ciel ouvert
Sur des hectares de pages au vent
Au milieu d’arbres millénaires
Où que l’on prie pour le printemps

Ici c’est un pays de haute montagne
Pétri de rimes et puis de pieds
C’est un pays fait de cocagne
Et d’ivres joies qui m’font les pieds

Ici, on boit l’pastis à 9h10
Ca fait trois heures qu’on y est
Et puis quand sonnent les minuit-dix
C’est génépi ou perroquet

Ici, pour dire cloche on dit sonnaille
Et c’est comme ça qu’on les retrouve
Ici, pour des sentiers ben on dit drailles
Et y’en a mille comment j’m’y retrouve ?

Ici, t’es ensuqué quand t’es crevé
T’as peut-être pas dormi assez
Ici t’as eu sans doute trop travaillé
Mais t’as la tête bien engoncée

Ici c’est un pays fort de café
Qui se mérite bien plus que l’or
Où chaque planche sur le palier
Compte plus de pain que d’louis d’or

Ici, c’est un pays de solitude
Qui m’a appris bien plus de choses
Qu’on n’en effleure aux heures d’études
A l’internat, en chambre close

Ici c’est un pays où on n’compte pas
Les pas des hommes comme des mètres
Où la distance s’effleure comme ça
Se compte en heure et pas en pas

Ici on porte son sac comme on le vide
On monte haut pour redescendre
Des voies alpines, des voix arides
Des voies que moi ben j’aime entendre

Ici, on dit blaguer pour dire parler
C’est un pays qui sent l’humus et le soleil
Ici, on dit bèou pour dire beau
C’est un pays qui sent l’mélèze et m’émerveille

Ici ce n’est pas là mais c’est chez moi
Et je t’invite à prendre un vers
Si c’est ici, c’est que c’est ça
Si ça n’l’est pas, mets-toi au vers

Mais n’regrette pas ce que t’ose pas
Et offre-toi tout du meilleur
Ici, c’est un pays qu’existe pas
Que ma tête et dans ton cœur

Ici, y’a tes vieux rêvent qui se baladent
Tes expériences, un peu malades
Tes souvenirs, un peu taris
Y’a toi bancal, y’a toi aussi

Ici, tu regardes le monde passer comme moi
Moi j’vois le temps, et les saisons
Et le ciel bleu et mes passions,
Et toi dis-moi c’que tu vois

Mais ne m’dit pas qu’tu vois que ça
Qu’un vieux building sur le trépas
Moi j’veux de l’air et d’l’horizon
Et puis des mots et puis des sons

Moi j’veux la terre, qu’on m’a donnée
Et puis j’veux l’air, qu’on m’a chanté
Et le soleil, qui s’est barré
Moi j’veux tout ça, juste pour moi

Moi j’veux marcher juste dans ses pas
Moi j’veux suer juste comme ça
J’veux transpirer j’veux mégoter
Avec mes bêtes et mon cahier

Moi j’veux tout ça, juste pour moi
Pour te l’donner un soir d’été
Et t’en parler d’ce monde là
Qui s’en ira, un soir, comme ça

Parce que l’agneau de ton hyper
Il est moins cher et prend l’avion
Parce que le lait de ton super
Il est moins cher que mes passions

Parce que la vie en 2012
Ben c’est courir et puis penser
Et puis toujours compter son flouze
Moi j’veux t’donner plus que je n’ai

Ici, on dit blaguer pour dire parler
C’est un pays qui sent l’humus et le soleil
Ici, on dit bèou pour dire beau
C’est un pays qui sent l’mélèze et m’émerveille

Ici y’a que des mots qu’existent pas
Et tous ceux que tu inventeras
Au coin d’une page pour ton trépas
Tous ceux que tu oseras

Ici y’a tous les verbes que tu feras
Et tous les possibles qu’tu diras
Y’a tous les verbes que tu partageras
Et même plus, mais tu l’sais d’jà

Orénok A.B., printemps 2012

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