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Et si tu revenais

samedi 20 juin 2009, par Orénok A. B.

Et si tu revenais

Et si tu revenais
Et si tu revenais
Tu serais là au coin d’la route, près de l’Eglise
Tu porterais tes vêtements d’toujours
Mon crocodile couleur perles
Et quelques bijoux d’trois francs
Et si tu revenais
Juste pour nous dire bonjour
Nous dire que c’n’était pas pour toujours
Que tu n’reviendrais pas
Et si tu revenais
Tu serais là, une entière, vivante
En chair et souriante
Et si tu revenais
Qu’on faisait une grande fête
Pour fêter ton grand retour, de l’au-delà
Et si tu revenais
Après avoir voyagé, traversé toutes les mers les océans
Vu les meilleurs docteurs du monde
Et regardé la terre qui tourne qui tourne, qui tourne, qui tourne,
Et me retourne
L’estomac
Et si tu revenais
Et que jamais plus dans cette famille de rien, qu’est tout pour moi
Il n’y aurait de grands maux à soigner au-delà des mers des océans
Et si tu revenais
Tu porterais sur tes cheveux, tes vrais cheveux, de vraies boucles brunes et frisées
Un chemisier couleur blanche, jupe fleurie de dans l’temps
Tu marcherais tranquillement
Je t’attendrais silencieusement
Et si tu revenais
Pour me dire que tout cela n’était pas vrai
Pour me dire que tout cela n’était pas vrai
Et si tu revenais
Tu n’parlerais pas des docteurs, des hommes en blouse blanche que t’aurais vu de par le monde
Pas même tu parlerais de l’Atlantique, des Amériques,
De tous ces pays où on t’aurait guérie
Et si tu revenais
Une entière, en chair
Sans métastase, poitrine au sein
Et si tu revenais
Et si tu revenais
Et que soudain tu voyais
Tout c’que j’ai fait, tout c’que j’n’ai pas, et tout le reste encore
Et si tu revenais
Et qu’tout recommençait comme si le temps ne s’était jamais arrêté
Et si tu revenais
Que les horloges continuaient de tourner, et qu’on faisait comme si de rien
Et si tu revenais
Y’aurait plus rien, plus personne, plus même moi, pour te souhaiter d’être encore là
Et si tu revenais
Et qu’tu voyais tout cela, tout cela, ton fils mon frère, mon frère et moi, moi et papa
Et puis tout ça
Et si tu revenais
Et qu’rien n’avait changé
J’continuerais certainement d’aller en 6e, d’avoir des vingt en dictées
Et puis et puis, j’la ferais peut-être cette crise d’ado
Peut-être même, j’te haïrais
Et si tu revenais
Et que pour une seconde, un instant, un millième de temps
On faisait comme si plus rien n’était changé
Ton fils mon frère, moi et papa
Ça ne durerait que peu, et enfin qu’importe
Tu repartirais bientôt, sans claquer la porte
Ce serait juste un au revoir
Y’aurait ton image là calquée sur l’pont blanc de la Py
Près de l’Eglise, de la boulangerie
Et si tu revenais
Et qu’tu repartais comme ça
Y’aurait plus qu’ton souvenir en train de s’effacer
Tes couleurs d’avenir passées par l’antre du temps
Et si tu revenais
Comme pour une fois pour jamais
Nous dire au-revoir à moi, ton fils mon frère, et puis papa.

Orénok A.B.
Printemps 2009

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