Accueil du site > Ecritures > Entre poésie et philosophie > Parce que les mots ont un sens

Parce que les mots ont un sens

mardi 30 septembre 2014, par Orénok A. B.

Tours, 28 septembre 2014, un dimanche
Parce que les mots ont un sens, je dis. Parce que je dis, je suis. Je ne suis pas grand-chose. Que le vent dans tes cheveux, qu’un son dans les ampoules. Ca fait une musique bizarre, quand on les secoue, c’est La Belle Rouge. C’est l’assemblée, la grande annuelle, la générale, l’assemblée du slam. Ce sont des sourires, des yeux qui rient, des éclats de voix, des phrases tremblées, à peine dites, à peine murmurées. Et la rumeur, ample, grandit, monte dans la salle. Jusqu’à former une voix, une seule, forte de ces mille qui disent, de ces dix, de ces vingt, qui vivent. Leur art, leurs performances, leurs idées, leurs opinions, leurs valeurs. Je ne suis qu’une voix, qu’une voix parmi toutes, qu’une idée dans le grand ciel des idées. Je ne suis pas professionnelle, pas slameuse, pas slammaster, pas femme, pas moi, pas danseuse et pas escrimeuse non plus ; je suis tout cela à fois. Je me meus dans un univers mouvant, un monde en mouvement, au milieu des mots, à demi-mots. Mais j’aime, j’aime écouter les mille voix à côté de moi, les mille mots d’autres, leurs idées. C’est la grande assemblée, la grande annuelle, la générale, celle du slam. J’ai mille personnes à mes côtés et cela m’est étrange ; comment mille personnes peuvent-elles penser, peuvent-elles partager, peuvent-elles discuter sans s’entredéchirer ? Il y a un espoir dans tout. Il faut un espoir dans tout. J’écoute et je me dis que ce n’est pas perdu, que tout est encore et toujours à gagner, qu’aucun combat n’est perdu d’avance. Les mots ont un sens, « sont des contenants », dixit le bon slamaritain, comme il dit qu’il s’appelle. J’avale ces paroles comme des pilules de beauté, des pilules de bonté, de liberté. Elles me galvanisent, elles me dynamisent, elles me meuvent. Je ne suis ni poète, ni slameuse, ni femme, ni homme, ni bête, ni rideau, ni ampoule, ni vache, ni verdure, ni ce pré, ni cette maison au cœur de Joué, je ne suis rien de tout cela, je suis tout à la fois. Je suis le mot de Zurg, la parole de Yopo, le silence d’Ypnova, l’Astre en moi, et Mathilde, je suis la connexion, la french slam connexion. Et quand je sors de moi, de mon pauvre corps de moi, je vois tout cela, je regarde tout cela, et je me dis une chose, une seule. Le monde n’est pas mort. Je ne comprends pas comment le monde et l’Homme peuvent être bons. Mais le monde est là, et je suis là. Et tous aussi sont là, dans la chaleur d’un rayon de soleil, à lutter contre une gueule de bois, à débattre de leurs idées, à partager, à dire. Et tous leurs mots ont un sens. Chacun de leurs mots. Et tous, ensemble. Ils dessinent un chemin, ils sont comme Un, dynamique en construction. Le monde n’est pas mort. Et moi non plus. Je me réveille juste de ma torpeur – n’y avoir plus cru. Un temps. Un temps court, inutile, immobile, et déjà effacé, déjà effacé dans le ciel des idées. Un temps qui n’est plus. Car quand le temps se tait, le monde naît. Car quand un slam se clôt, un autre mot. Il n’est que de courir dans ce monde de bergers slameurs, cultivateurs de mots en sens, éleveurs de montagnes de sens.
Orénok A.B., gare de Tours, dimanche 28 septembre 2014

Répondre à cet article

|    Précédent     |    Suivant