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Haha (ou : sur la complexité de la femme)

samedi 1er août 2015, par Orénok A. B.

J’ai reçu deux notifications Meetic. Je me suis dit quels sont encore les clowns qui m’écrivent un mail sans me connaître et qui n’y diront rien. L’un des deux clowns de la journée, ami d’enfance. Je souris. « Haha » a-t-il écrit. Je lis la complexité du monde dans la complexité de son regard sur lui-même (son-dit-profil), et pourtant le monde est aussi simple qu’une soirée passée ensemble. Je me dis : je vais lui dire que quand même le monde est devenu un beau bordel d’entrelacs de fils électriques pour que même des gens qui se connaissent soient d’obligés de venir sur Internet pour se reconnaître. Aie : je me dis que ça ne va pas lui plaire, d’autant plus que la complexité du monde, des choses, du vent dans mes cheveux et des pseudo-relations amoureuses, c’est quand même son truc à lui. Je ne voudrais pas dénigrer la complexité qu’il arbore, d’autant qu’il est un drapeau que j’aimerais arborer sur ma rampe de lancement. Canon à poudre. Poudre à canon. Poussière d’êtres que nous sommes. Tu me fais sourire. La complexité est pourtant parfois bien simple à saisir. Ton profil est l’envers total du mien. Rien de moins inversées que nos vies. Tu racontes mes nuits dans tes idées ; des voyages par-delà les mers et les océans glacés. Je me raconte des aventuriers chamans dans mes rêves ; rêves qui me bercent jusqu’au doux soupir de la nuit. L’autonomie de ta maison me semble éternel subterfuge contre la glaciation de l’univers ambiant. Il ne s’agit que de, finalement, se trouver ici-bas une petite place, un petit antre, fût-il caverne au milieu des bois sans eau ni électricité, juste avec de quoi survivre quelques mois : une pioche, une bêche, de quoi travailler et retravailler la terre, puisque le seul travail qui puisse être est celui qui nous nourrit. Tu viens quand à Reims ? Je viens quand te voir ? Internet ne me nourrit pas autant que la terre qu’on pourrait bêcher fussions-nous somme toute chacun légèrement autre. Mais l’autre à soi n’est jamais qu’un principe contraire et l’autre qui nous côtoie qu’un autre qui nous change et que nous changeons en permanence. Tu as changé mon principe d’après-midi solitaire en berçant mes quelques mots de ta présence invisible. Se laisser porter par le vent, c’est accepter de changer. Si on reste droit et dur comme la pierre, peine vaille, il n’y aura jamais rencontre. Pour cela, il faut accepter de vaciller. Alors : tu danses ? Un tango et hop, au zoo, on pourrait nous mettre en cage, comme nos congénères tous allotis les uns à côtés des autres dans un petit pavillon qui se ressemble autant qu’il ressemble à tout autre. Et ils eurent trois enfants sans se marier, puis ils divorcèrent quand même, juste pour l’histoire. Les contes qu’on inventait en CM1 dans nos rédactions ont bien changé. Mais moi, j’ai l’impression, parfois légèrement triste, que je n’ai pas changé. J’ai dix ans, je suis rêveuse, bagarreuse, haineuse et surtout, chiante. Moi, quoi. De quelque point de ma vie que je me regarde, je me ressemble. D’où l’idée naissante en moi, qu’il me faudrait peut-être accepter de vaciller pour rencontrer un autre mec, qui me raconterait peut-être d’autres histoires, juste pour tenter de se raconter ensemble une autre histoire, même si je perds le fil de la mienne. Moi compliquée ? Jamais. Je suis trop simple pour cela.

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