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Dialogues surréalistes

samedi 15 novembre 2008, par Orénok A. B.

« C’est l’histoire de l’un qui rencontre l’autre. Mots. » Un texte d’atelier d’écriture. Carnegie. Reims. Fin 2008.


Dialogues surréalistes

C’est l’histoire de l’un qui rencontre l’autre. Mots.

L’un – Je suis un dialogue.
L’autre – Vous êtes un dialogue ? non !?
L’un – Eh bien si : je suis un dialogue. Un vrai, un pur, un vivant. Je suis un dialogue vivant.
L’autre – Un dialogue vivant. Et comment se fait-il que vous êtes seul ?
L’un – Je ne suis pas seul, vous le voyez bien, je suis à deux. Ça s’entend non ?
L’autre – … ? … !... ?... ! A deux, vous êtes sûr ?
L’un – Bien, oui, pour faire un dialogue il faut être à deux, sinon, ça nous ferait un beau monologue !
L’autre – Mais, mais, mais, si j’man allais, vous en seriez plus qu’un non ?
L’un – Oui.
L’autre – Ca nous ferait donc un beau monologue !
L’un – Hmm… Cette conclusion me paraît pour le moins douteuse : ça dépend.
L’autre – Ça dépend ? Eh bien moi, je n’crois pas. Je crois que si je m’éloigne, vous deviendrez un beau monologue. Et comme on dit, qui parle seul est fou ? Vous seriez donc enfermé !
L’un – Ça dépend.
L’autre – Ah ! Mais vous em…bêtez à al fin. Vous avez la langue bien pendue !
L’un – Ah ça non ! Je ne vous permets pas. Ma langue n’est pendue qu’à moi-même. Et puis si : je vous le redis : ça dépend.
L’autre – Attendez une minute alors : on va voir par l’expérience. Dans le langage, c’est comme dans la science, il faut des preuves.
L’un – des preuves ?
(Et puis l’autre s’en va. Il reste éloigné un moment. Silence).

L’un (en hurlant) – Ah je meurs ! Ah je meurs ! Ah je suis mort ! A moi ! A moi !
(Et puis l’autre revient affolé.)

L’autre – Au secours ! Au secours ! Au secours ! Un mort ! Y aurait-il quelqu’un pour appeler la police ?
(Le temps qu’il arrive, l’homme s’est relevé.)

L’autre (cri de surprise) – Mais, mais, vous n’êtes donc pas mort !
L’un – A quoi bon ? Je voulais juste vous faire revenir.
L’autre – … ? Me faire revenir !
L’un – Eh bien oui, mon cher, pour continuer à exister ! Sans vous, je s’rais mort, si j’étais bel et bien un dialogue.
L’autre – Nous y voilà donc : vous n’êtes donc pas tout à fait un dialogue.
L’un – Si.
L’autre – Si ?
L’un – La preuve par l’expérience : je parle, vous répondez.
L’autre – Je réponds ?
L’un – Bien oui.
L’Autre – Allons bon : vous m’avez piégé !
L’un – Hélas non ! c’est bien vous qui vous êtes piégé vous-même. De dialogue, il n’y a qu’êtres vivants au pluriel. Et que mots. Je ne suis pas un puits à parole, moi, Monsieur, qui de dialogue, peux me faire monologue.
L’autre – … ?... ?... ?
L’un – Eh bien oui : je suis un être à deux : je ne parle que lorsque l’on m’écoute.
(Et l’autre de continuer à tendre l’oreille.)

L’un – je ne parle, que lorsque j’ai une oreille à remplir et un autre pour me contredire !
L’autre – Raison, de la déraison !

(Orénok A.B. Atelier d’écriture, fin 2008.)

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